C’est l’une des réformes les plus attendues, et les plus scrutées, de la formation médicale depuis des années. Des milliers de futurs généralistes vont exercer un an en autonomie supervisée, avec l’espoir de soulager les déserts médicaux.
Une première historique
Le calendrier est fixé. Dès le 2 novembre 2026, les étudiants du diplôme d’études spécialisées de médecine générale entreront pour la première fois en phase de consolidation, avec le statut de docteur junior. Jusqu’ici, l’internat de médecine générale durait trois ans, contre quatre ou plus pour la plupart des autres spécialités. Cette quatrième année aligne la discipline et ajoute deux semestres supplémentaires à la formation.
L’ampleur est inédite. Le gouvernement annonçait le déploiement de 3 400 docteurs juniors sur tout le territoire dès novembre 2026.
Qu’est-ce qu’un docteur junior ?
Le statut n’est pas nouveau en soi : il a été créé par un décret du 3 juillet 2018 dans le cadre de la réforme du troisième cycle. Mais c’est la première fois qu’il s’applique massivement à la médecine générale.
Concrètement, le docteur junior est un médecin en fin de formation qui exerce 4 jours par semaine en cabinet, maison ou centre de santé, en autonomie supervisée aux côtés d’un médecin agréé maître de stage universitaire. Il assure des consultations et prend en charge des patients. Il peut aussi participer volontairement à la permanence des soins ambulatoires, les nuits et week-ends.
Une rémunération encadrée
Côté gestion, il est rattaché à un CHU pour ses congés et sa rémunération, et c’est le directeur général de l’ARS qui l’affecte dans un lieu de stage après une procédure d’appariement. Ses gardes sont rémunérées : 50 euros bruts par heure de régulation médicale, et 422,03 euros bruts pour une garde de douze heures.
Pour les médecins accueillants, l’incitation est réelle. Un maître de stage perçoit des honoraires pédagogiques de 600 € bruts par mois, plus une indemnité de compensation de 1 200 € bruts par mois, sans avoir à rémunérer lui-même l’interne.
Les régions se préparent
Sur le terrain, les ARS ont passé l’année à recruter des maîtres de stage. En Normandie, 171 docteurs juniors seront affectés dès novembre : 81 dans la subdivision de Caen et 90 dans celle de Rouen. Les étudiants choisissent leur terrain de stage via une plateforme nationale.
Pour réussir, la réforme repose sur un levier essentiel : la mobilisation des généralistes, et les élus locaux sont appelés à jouer un rôle clé. Hébergement, transport, accueil : les collectivités qui veulent attirer ces jeunes médecins ont intérêt à se montrer accueillantes.
Un outil contre les déserts médicaux
L’ambition dépasse la pédagogie. Le gouvernement a annoncé la priorisation, dès novembre 2026, des stages de docteurs juniors dans les territoires fragiles, en lien avec le réseau France Santé. L’espoir est double : offrir des consultations supplémentaires immédiatement, et donner envie à ces jeunes praticiens de s’installer là où ils auront fait leurs armes.
Des inquiétudes persistantes
Tout n’est pas rose. Certains syndicats de médecins dénoncent une réforme menée au pas de course : des milliers de docteurs juniors à encadrer, rémunérer, héberger et accompagner, dans des terrains de stage parfois encore incertains, le tout en dix-huit mois. Les internes, eux, craignent de servir de variable d’ajustement face à la pénurie de médecins, au détriment de leur formation.
L’année qui s’ouvre sera donc un test grandeur nature. Si la mécanique fonctionne, elle pourrait devenir l’un des rares leviers concrets contre la désertification médicale. Si elle patine, elle risque de décourager une génération entière de futurs généralistes.


