Assises des Ehpad : le secteur cherche à redessiner l’établissement de demain

Deux jours de débats à Paris pour réaffirmer la place de l’Ehpad face à la défiance, au manque de moyens et au choc démographique. Avec, en ligne de mire, la Conférence nationale de l’autonomie.

Le grand rendez-vous du secteur

Chaque année, les acteurs du grand âge se retrouvent pour faire le point. La 11e édition des Assises nationales des Ehpad s’est tenue les 15 et 16 septembre 2026 à la Maison de la Mutualité, à Paris, réunissant acteurs publics, privés et associatifs. C’est le seul événement national qui rassemble l’ensemble du secteur autour des mêmes tables.

L’objectif affiché était clair : réaffirmer collectivement la légitimité de l’Ehpad dans un contexte de défiance croissante, en montrant qu’il évolue, qu’il innove et qu’il reste un pilier de notre modèle de solidarité.

Un plateau politique de haut niveau

Plus de 60 intervenants étaient attendus, dont Camille Galliard-Minier, Agnès Buzyn, Boris Vallaud, Raphaël Glucksmann ou encore Gabriel Attal. À quelques mois de la présidentielle, le grand âge s’impose comme un sujet de campagne.

Tarification : « simplifiez-nous la vie ! »

La séance inaugurale a donné le ton, autour de la fusion des volets soins et dépendance et de la simplification budgétaire. Côté institutions, la DGCS, la CNSA et le département de Haute-Garonne ; côté professionnels, la FHF, la Fondation Partage et vie et DomusVI.

Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir qu’un Ehpad est aujourd’hui financé par trois sources distinctes : l’Assurance maladie pour les soins, le département pour la dépendance, et le résident lui-même pour l’hébergement. Cette tripartition rend la gestion complexe et les budgets difficiles à piloter. La fusion des volets soins et dépendance est l’une des premières mesures de simplification, et les professionnels veulent aller plus loin.

Les grandes questions de la décennie

Les débats ont balayé tous les sujets qui fâchent : faut-il « démarchandiser » les Ehpad, et où vivront les 700 000 personnes âgées dépendantes supplémentaires attendues d’ici 2050 ? L’habitat des seniors, la transition écologique des bâtiments et la place de l’intelligence artificielle ont aussi été abordés.

La question de l’immigration a été posée sans détour : face à la pénurie de soignants, l’immigration choisie est-elle une vraie réponse ou une illusion ? Un débat sensible, alors que de nombreux établissements fonctionnent déjà grâce à des professionnels venus de l’étranger.

La prévention n’a pas été oubliée, avec une discussion sur les parcours de soins et la géroscience réunissant l’ancienne ministre Agnès Buzyn et Sophie Boissard, directrice générale de Clariane.

Un secteur financièrement exsangue

En toile de fond, une réalité budgétaire difficile : entre 70 % et 80 % des Ehpad publics sont en déficit. Le budget 2026 a apporté une bouffée d’oxygène limitée : l’ONDAM Autonomie a été relevé de 150 millions d’euros, bien en deçà des besoins évalués par la FHF autour de 500 millions.

Vers la Conférence nationale de l’autonomie

Les Assises ont été clôturées par Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées. La ministre avait déjà annoncé la mobilisation, dès cette année, d’un fonds de transformation et de qualité destiné aux Ehpad. L’objectif : adapter les bâtiments pour passer d’un modèle hospitalier à des établissements ouverts et conçus comme de véritables domiciles, et financer des projets qui remettent le lien social au cœur du quotidien.

 

La prochaine étape, très attendue, est la Conférence nationale de l’autonomie, dont le comité de pilotage s’est réuni dès le 20 mai. Le secteur y attend des engagements concrets et pluriannuels. Car l’Ehpad de demain ne se construira pas en un seul exercice budgétaire.

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