Un décret publié cet été oblige les établissements à rendre publics trois indicateurs sur leur personnel. Une petite révolution pour les familles, qui pourront comparer les Ehpad sur la réalité humaine de l’accompagnement.
Ce que dit le décret
Le texte est paru en plein été. Le décret n° 2026-760 du 8 août 2026, publié au Journal officiel le 9 août, oblige les établissements à transmettre à la CNSA des données qui seront rendues accessibles à tous. Il est entré en vigueur dès le lendemain, et applique une disposition de la loi du 8 avril 2024 sur le bien vieillir et l’autonomie.
Trois chiffres clés
Le texte ajoute trois indicateurs aux données déjà transmises. Le premier est le taux d’encadrement médical, paramédical et socio-éducatif, c’est-à-dire le nombre de personnels pour chaque résident. Concrètement, il compte médecins, infirmiers, aides-soignants, psychologues et animateurs en équivalent temps plein, rapportés au nombre de résidents.
Le deuxième est le taux d’absentéisme, qui rapporte les jours d’absence (hors congés payés et formation) au nombre d’équivalents temps plein. Le troisième, le taux de rotation, indique la fréquence des recrutements et des départs sur l’année.
Ces trois taux s’ajoutent aux cinq indicateurs déjà obligatoires : plateau technique, profil des chambres, places habilitées à l’aide sociale, présence infirmière de nuit et partenariats de coordination.
Un calendrier annuel
Chaque année, les directeurs devront transmettre ces données avant le dernier jour ouvré de décembre. Le portail officiel avait déjà commencé à afficher ces taux dès juillet 2026, à partir des tableaux de bord du secteur, avec des données portant principalement sur 2024.
Pourquoi ces chiffres comptent pour les familles
Choisir un Ehpad pour un proche est souvent une décision prise dans l’urgence, après une hospitalisation ou une chute. Jusqu’ici, les familles se fiaient surtout au prix, à la proximité et à l’impression laissée par une visite. Or la qualité du quotidien dépend moins du hall d’accueil que du nombre de soignants présents à 7 heures du matin.
Un taux d’encadrement élevé laisse espérer plus de temps pour la toilette, les repas et l’écoute. Un turn-over faible est souvent synonyme d’équipes stables, qui connaissent les résidents et leurs habitudes. Un absentéisme important peut, à l’inverse, signaler un malaise au travail et un recours fréquent à des remplaçants.
Des chiffres à lire avec prudence
Ces données ne sont pas une notation officielle des établissements. Et le secteur privé appelle à la nuance : le Synerpa estime que les taux d’encadrement ou de rotation sont très volatils et dépendent de nombreux facteurs, comme le profil des résidents, les épidémies saisonnières ou les tensions locales de recrutement.
Le contexte financier doit aussi être gardé en tête : 68,3 % des Ehpad publics et privés non lucratifs étaient en déficit en 2023 selon la CNSA. Un établissement en difficulté peut afficher de moins bons chiffres sans pour autant maltraiter ses résidents.
Une réponse aux scandales passés
Ce décret s’inscrit dans le mouvement de transparence lancé après le scandale Orpea de 2022, qui avait révélé des pratiques de rationnement au détriment des résidents. Il intervient aussi au moment où un groupe d’experts mandaté par le gouvernement alerte sur l’inadéquation du système de santé au vieillissement : un quart des Français aura plus de 65 ans en 2030, et 350 000 places supplémentaires seraient nécessaires en gériatrie ou en Ehpad.
La transparence ne créera pas de soignants supplémentaires. Mais elle donne aux familles un outil pour poser les bonnes questions, et aux pouvoirs publics un moyen de repérer plus vite les établissements en difficulté.


