Rentrée sous tension pour les urgences des hôpitaux de proximité

Marmande, Dinan, Nord-Mayenne, Coutances, Senlis : faute d’urgentistes, les fermetures ponctuelles se multiplient dans les petits hôpitaux. Un phénomène qui ne se limite plus à l’été.

Marmande : des effectifs divisés par deux

Dans le Lot-et-Garonne, la situation inquiète. À Marmande, les urgentistes ne seront plus que 8 fin octobre, contre 16 en début d’année, et le service pourrait se dégrader d’ici un mois. Le départ annoncé de deux médecins fait craindre une nouvelle crise et des fermetures ponctuelles. Le service a déjà dû fermer une nuit en septembre.

L’inquiétude dépasse les urgences. Les soignants craignent que certaines analyses médicales soient centralisées à Agen, avec des conséquences directes pour les patients. Le territoire voisin n’est pas épargné : pendant quatorze heures, début septembre, les urgences du Pôle de santé du Villeneuvois sont restées fermées.

Dinan : la réouverture repoussée

En Bretagne, la patience des élus est mise à rude épreuve. Fermées la nuit depuis le 15 juin, les urgences de Dinan ne rouvriront pas 24h/24 fin septembre comme prévu. La direction a annoncé une réouverture le 2 novembre, 24 heures sur 24, mais seulement en semaine. Les élus du territoire ne cachent pas leur agacement.

Mayenne et Manche : fermetures express

Dans l’Ouest, les annonces tombent parfois la veille pour le lendemain. Faute de médecins urgentistes, le centre hospitalier Nord-Mayenne a fermé ses urgences du mercredi 16 septembre au soir au vendredi 18 septembre au matin. Dans la Manche, les urgences de Coutances ont été fermées 24 heures un samedi, faute de personnel suffisant.

Pour les habitants, ces fermetures signifient des trajets plus longs, des appels au 15 pour être orientés, et un sentiment croissant d’abandon.

Senlis : cinq ans de fermeture « temporaire »

Le cas de Senlis, dans l’Oise, montre que le provisoire peut durer. Fermées temporairement depuis 2021, ses urgences n’ont toujours pas rouvert, et personnel, habitants et élus ont manifesté pour alerter sur les déserts médicaux.

Un mal devenu structurel

Ces fermetures ne sont pas nouvelles. Déjà à l’été 2023, 163 services d’urgences sur 389 établissements avaient dû fermer au moins une fois, soit plus d’un service sur cinq, selon Samu-Urgences de France. Mais le phénomène a changé de nature : autrefois concentré sur les congés d’été, il s’étend désormais à la rentrée, voire à toute l’année.

Les causes sont connues : pénurie d’urgentistes, épuisement des équipes, difficultés à recruter dans les petites villes, et concurrence des grands centres hospitaliers. L’encadrement de l’intérim médical, mis en place pour limiter les dérives tarifaires, a aussi compliqué le remplacement des médecins absents dans certains établissements.

L’hôpital de proximité en question

Pour les petites villes, l’hôpital n’est pas qu’un lieu de soins : c’est un marqueur d’attractivité, un employeur majeur et une garantie de sécurité pour les habitants. Chaque fermeture, même ponctuelle, alimente la crainte d’une disparition à terme.

À l’heure où s’ouvre le débat sur le dernier budget de la Sécurité sociale avant la présidentielle, la question de la survie des urgences de proximité s’annonce comme l’un des sujets les plus sensibles, pour les élus comme pour les candidats.

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