Appels en explosion, patients sur brancards, services sans climatisation, décès signalés : le baromètre de Samu-Urgences de France dresse un bilan sévère de l’été. Et réclame des changements avant la prochaine vague de chaleur.
« Absorber le choc »
Le ministère se félicite que les hôpitaux aient « tenu ». Les urgentistes, eux, posent une autre question. Les urgences ont absorbé le choc des canicules de l’été 2026, mais à quel prix, interroge Samu-Urgences de France en publiant le 17 septembre les résultats de son enquête. Pour documenter la réalité du terrain, le syndicat s’est appuyé sur 143 professionnels des urgences, Samu-SAS et Smur, répartis dans 80 départements.
Des chiffres qui parlent
Le premier constat est celui de l’afflux. Parmi les répondants, 85 % ont déclaré une hausse d’activité et 87 % davantage de recours pour des pathologies liées à la chaleur : malaises, déshydratation… En amont de l’hôpital, la régulation a été submergée : sur 98 Samu-SAS ayant mesuré leur activité, 95 ont signalé une hausse des appels pendant les canicules.
Mais le vrai goulot d’étranglement se situe à la sortie des urgences, faute de lits d’hospitalisation disponibles. Dans 58 services ayant compté les patients sur brancard, 43 % disent en avoir accueilli au moins vingt par jour. Pour les personnes âgées, particulièrement vulnérables à la chaleur, ces attentes prolongées dans les couloirs sont un facteur de risque supplémentaire.
Des décès qui interrogent
C’est le chiffre qui a le plus marqué. Vingt-six structures ont déclaré au moins un décès de patient pris en charge ou en attente sur un brancard. Le syndicat se garde de toute conclusion hâtive : l’enquête ne permet ni d’en déterminer les causes, ni de mesurer une éventuelle surmortalité, mais ces décès constituent un signal qui mérite une investigation.
La littérature scientifique invite d’ailleurs à la prudence. Une étude française avait montré en 2022 un surrisque pour les patients de plus de 75 ans passant une nuit sur un brancard, mais deux études ultérieures, espagnole et italienne, n’ont pas retrouvé d’augmentation significative de la mortalité. La nuit sur brancard doit être vue comme un marqueur de saturation et de risque, sans effet causal uniforme.
Soigner dans une étuve
L’enquête met aussi en lumière un problème matériel criant. Plus de la moitié des répondants signalent une climatisation absente ou partielle, et 21 ont travaillé sans aucune climatisation. Parmi les 35 structures ayant fait des relevés, la moitié ont enregistré 32 degrés ou plus, avec des pics au-delà de 38 °C par endroits. Les urgentistes y voient un véritable facteur d’aggravation pour les malades.
Plus de vingt ans après la canicule de 2003 et ses 15 000 morts, le parc hospitalier français reste mal adapté aux fortes chaleurs. Des bâtiments conçus pour un autre climat accueillent désormais chaque été des patients fragiles et des soignants épuisés.
Un appel à des changements profonds
Le diagnostic des urgentistes dépasse la seule question de la chaleur. Leur syndicat réclame des changements profonds, estimant que l’été a révélé la vulnérabilité de tout le système. Les services, déjà en tension permanente, ne parviennent plus à absorber des pics d’activité pourtant prévisibles, comme les épidémies hivernales ou les vagues de chaleur.
Les professionnels réclament donc des changements avant l’été 2027. Lits d’aval, rénovation thermique des bâtiments, effectifs : le débat sur le budget de la Sécurité sociale, qui s’ouvre cet automne, dira si l’alerte a été entendue.


